La socialisation européenne a très tôt été pensée comme un processus de conversion à la construction communautaire. Les auteurs montrent ici combien les identités sociales jouent un rôle déterminant dans la rencontre et le rapport à l’Europe.
La socialisation européenne a très tôt été pensée comme un processus de conversion à la construction communautaire, affectant principalement les élites nationales exposées aux institutions et négociations bruxelloises. Cette interprétation tant politique que scientifique a pu séduire les promoteurs d’une Europe fédérale. A contrario, elle a pu susciter crainte ou déni chez ses détracteurs. Elle a surtout conduit les spécialistes de l’intégration européenne à opposer les manières nationales de faire et de penser aux manières communautaires, faisant ainsi l’économie d’une définition du « national » et de l’ « européen » et d’une analyse des processus de production et de transmission des savoirs et savoir-faire qui seraient spécifiques à cet espace politique et institutionnel.
Peut-on ainsi opposer des pratiques dites communautaires aux pratiques dites nationales, voire simplement les distinguer ? Peut-on assimiler les pratiques communautaires à des attitudes pro-intégrationnistes ? Peut-on faire l’impasse sur l’histoire sociale qui s’actualise dans ces pratiques ? À ces questions, les contributions réunies dans cet ouvrage répondent par la négative. Les enquêtes sociologiques menées auprès de hauts fonctionnaires, de députés européens, de représentants d’intérêts, de syndicalistes, de journalistes, d’experts montrent comment pratiques nationales et pratiques communautaires s’enchâssent les unes dans les autres et combien les identités sociales jouent un rôle déterminant dans la rencontre et le rapport à l’Europe. À cet égard, l’analyse du processus de socialisation à l’Europe passe aussi par une analyse des modes de sélection et d’accès à l’Europe.
Introduction
Hélène Michel et Cécile Robert — L’Europe comme objet, agent et enjeu de socialisation
Chapitre 1
Jan Beyers — Problèmes conceptuels et méthodologiques dans la recherche sur la socialisation internationale
Chapitre 2
Åsa Casula Vifell et Göran Sundström — « Loin des yeux, loin du coeur ». Recrutement et trajectoires des fonctionnaires suédois dans l’Union européenne
Chapitre 3
Carolyn Ban — La fabrication des nouveaux « eurocrates ». Auto-sélection, sélection et socialisation des fonctionnaires de la Commission européenne des nouveaux pays membres
Didier Georgakakis — Comment les institutions (européennes) socialisent. Quelques hypothèses sur les fondements sociaux de la fabrique des euro-fonctionnaires
Chapitre 5
Chris Shore — La socialisation de l’administration de l’Union européenne. Une approche anthropologique des phénomènes d’européanisation et de supranationalisme
Chapitre 6
Willy Beauvallet et Sébastien Michon — La socialisation à l’Europe des élus européens. Acquisition et activation de dispositions à l’européanisation
Chapitre 7
Karin Geuijen et Paul ‘t Hart — Des eurocrates livrés à eux-mêmes. Comment des fonctionnaires néerlandais gèrent la politique européenne de coopération policière sans supervision politique
Chapitre 8
Bernard Conter — Un changement de monde. La Stratégie européenne pour l’emploi comme processus socialisation politique en Belgique
Chapitre 9
Jean-Michel Eymeri-Douzans — Ce que faire l’expert pour la Commission européenne veut dire. Essai d’auto-analyse d’une trajectoire de socialisation
Chapitre 10
Cécile Robert — Être socialisé à ou par « l’Europe » ? Dispositions sociales et sens du jeu institutionnel des experts de la Commission européenne
Chapitre 11
Olivier Baisnée — « L’Europe, ça ne s’improvise pas. » La socialisation professionnelle des correspondants auprès de l’Union européenne comme socialisation politique
Chapitre 12
Hélène Michel — Les formations syndicales européennes. Entre apprentissage des règles du jeu communautaires et confrontations internationales
Chapitre 13
Claire Visier — Les représentants d’intérêts turcs à Bruxelles. Une socialisation plurielle, fruit de l’articulation de différentes appartenances
Conclusion
Bernard Lahire — La socialisation : cadres, modalités, temps et effets
28,00 € TTC



