Les Lumières et les imposteurs ! À travers Rousseau, Casanova ou Marivaux, une analyse collective des multiples formes – littéraire, scientifique, politique ou sentimentale – que revêt l’imposture dans la littérature française du XVIIIe siècle.
L’imposture peut être mystification, coup de force, évitement. Elle se décline en figures qui diffèrent d’une époque à l’autre, mais l’inquiétude et la fascination qu’elle suscite perdurent : qu’est-ce que se faire passer pour un autre ?
Cet ouvrage étudie cette question dans la fiction des Lumières selon quatre perspectives : l’auctorialité, à partir des figures d’écrivains faussaires et auteurs de « pseudo-mémoires », tel Courtilz de Sandras ; les savoirs trompeurs des charlatans, contre lesquels les Lumières ont mené un combat passionné ; l’imposture sociale, qu’elle se dise usurpation ou affirmation de soi, et qui a pu être placée au fondement de l’ordre civil (Rousseau) ; enfin, l’imposture séductrice, érigée en instrument de pouvoir par les libertins.
Les dix-neuf contributions mettent en évidence les traits fondamentaux de l’imposture, tout en soulignant les questions qu’elle pose dans une période à la fois hantée par la peur du faux et captivée par lui.
Introduction – Nicolas Fréry, Emmanuelle Sempère
Première partie – Autorité et auctorialité
L’imposture comme stratégie d’existence dans les mémoires romanesques de Courtilz de Sandras : le cas des Mémoires de La Fontaine (1698) – Carole Atem
De l’art de contrefaire l’écriture : figures de faussaires chez Courtilz de Sandras et quelques romanciers du xviiie siècle – Nicolas Fréry
Le goût du faux : performances du genre et de la fiction dans les « Mémoires de l’abbé de Choisy habillé en femme » – Mathieu Brunet
Le nom de Fieux, histoire d’une imposture romanesque devenue réalité. Sur Les Mémoires du marquis de Fieux du chevalier de Mouhy (1735-1736) – Marion Bally
Deuxième partie – Savoirs trompeurs
La fabrique de l’objet-charlatan : Edmé-Gilles Guyot aux marges de la science et de la prestidigitation – Aurélie Gaillard
Jérôme et les Charlatans. Science, magie et autorité à la fin du xviiie siècle – Antoine Lilti
Nostradamus à la foire. Enchantement de la crédulité et discrédit de l’enchanteur chez Lesage et Taconet – Floriane Daguisé
Charlatans et Charlatanes dans le répertoire des Favart : entre la Foire, la Comédie-Italienne et les théâtres de société – Flora Mele
Troisième partie – Trajectoire sociale et ordre politique
Usurpation et imposture : l’archéologie de l’appropriation, de Pascal à Rousseau – Christophe Martin
Figures et expériences de l’imposture chez Rousseau et Casanova – Érik Leborgne
Anatomie d’une imposture. La dimension cachée de l’éloquence dans l’Histoire de ma vie de Casanova – Florence Magnot-Ogilvy
« Qui es-tu, qui n’es-tu pas ? » Interpellation, identification, imposture (Courtilz de Sandras, Marivaux, Casanova) – Jean-Christophe Igalens
Un imposteur voltairomane : Zanovic – Stéphanie Géhanne Gavoty
Des « charlatans de philosophie » ? Les philosophes face à l’accusation d’imposture – Raphaëlle Brin
Quatrième partie – Séductions de l’imposteur
La dévotion à l’imposture dans Le Sopha de Crébillon – Pierre Lyraud
Portrait du déchiffreur en imposteur : le modèle du roué dans quatre grands romans du libertinage du XVIIIe siècle – Cécile Meunier
« De tout temps j’ai été comédienne » : l’art de la feintise, de la dissimulation à l’affirmation de soi chez les héroïnes de Mouhy – Manon Courbin
L’imposture du libérateur chez l’abbé Prévost : la trilogie de 1740-1741 – Henri Portal
D’Abélard à Saint-Preux : le complexe de l’imposteur – Christine Hammann-Décoppet
Conclusion – Imposteurs vs imposture ? – Emmanuelle Sempère
Bibliographie
29,00 € TTC



