Ce que le kitsch dit de nous

Pour Mathilde Vallespir et Franz Johansson, le kitsch est un puissant révélateur des tensions esthétiques, sociologiques, éthiques et politiques de nos sociétés.
Le kitsch ou le naufrage du sublime
Le kitsch ou le naufrage du sublime

Votre ouvrage aborde le kitsch sous toutes ses coutures, mais est-il possible de définir le kitsch ?

Mathilde Vallespir et Franz Johansson : Le premier ouvrage entièrement consacré au kitsch parait dans les années 1920 en Allemagne, mais le mot naît et commence à circuler presque un demi-siècle plus tôt. Son étymologie n’est pas certaine, elle pourrait dériver du mot allemand kitschen – signifiant à la fois « ramasser des déchets », « faire du neuf avec du vieux » et « berner quelqu’un » – ou bien être l’inversion du mot « chic ». Cette origine incertaine du terme recoupe l’évolution fluctuante et ambivalente de la notion de kitsch depuis le début du XXe siècle – à la fois honni et consacré, underground et dominant, populaire et élitiste. Sous son apparente légèreté, le kitsch est en réalité un concept qui nous confronte aux évolutions structurelles de nos sociétés ces dernières décennies. Jusqu’à présent, aucune histoire de la théorie du kitsch des origines à nos jours n’avait été produite et c’est une des choses que nous avons souhaité faire avec cet ouvrage.

 

Votre livre parait dans la collection « Cultures visuelles », est-ce à dire que le kitsch ne peut que se voir ?

M. V. et F. J. : Dès qu’on pense au kitsch, on pense à des images. L’expérience et la mémoire du kitsch sont la plupart du temps ancrées d’abord dans le visuel. Mais elles ne peuvent y être réduites. Le kitsch est aussi susceptible d’imprégner la littérature et les médias, la chanson et la musique, le langage et la pensée, l’économie et la politique – pensons à Donald Trump ! Le kitsch nourrit à la fois des liens très profonds avec les totalitarismes et avec le capitalisme libéral. C’est là une des ambivalences ou des paradoxes qui en font un objet d’étude passionnant, ouvert à la diversité des approches et des disciplines, se répondant et s’éclairant les unes les autres. C’est pour cela que nous avons mobilisé des chercheurs en culture visuelle, mais aussi des linguistes, des philosophes, des spécialistes de littérature et des sciences de l’information et de la communication. Ou encore des artistes – le plasticien Vincent Olinet, la musicienne Violeta Cruz et l’écrivain Christian Prigent – invités à penser la place du kitsch dans leur pratique créatrice.

 

Le kitsch est un prisme qui permet aussi d’aborder une grande variété d’objets dont certains peuvent paraître inattendus dans un ouvrage universitaire ?

Quelques exemples de couvertures de romans Harlequin.
Quelques exemples de couvertures de romans Harlequin.

M. V. et F. J. : Le livre retrace au fil des contributions l’évolution du concept dans les écrits de ses principaux théoriciens : Walter Benjamin (1892-1940), Clément Greenberg (1909-1994), Abraham Moles (1920-1992), sans oublier Hermann Broch (1886-1951) dont l’un des textes a inspiré le titre. Mais cette histoire philosophique et esthétique se raconte effectivement au prisme d’objets faisant écho chez le plus grand nombre comme les feuilletons américains et les romans Harlequin, les films de Michel Gondry et de Jacques Demy, les chansons de Céline Dion et le rock métal. C’est un livre qui se veut à l’image de son sujet, savant et populaire !

 

Venez poursuivre le dialogue et la réflexion avec Mathilde Vallespir et Franz Johansson lors d’une nouvelle conférence Savoirs en partage à la BNU le 2 avril, 18h30. Entrée libre à toutes et à tous sur inscription

Inscrivez-vous
pour être tenu informé de notre actualité et de nos parutions

Nous ne spammons pas !
Consultez notre politique de confidentialité
pour plus d’informations.