Une Académie des écrivains du monde

Victoire Feuillebois et Pascal Maillard, chercheurs à l’Université de Strasbourg, racontent la naissance du projet de l’Académie des écrivain.es sur les droits humains qu'ils ont cofondée.
Écrire, exister, résister
Écrire, exister, résister

Comment est né ce projet d’Académie sur les droits humains qui a réuni des écrivain(e)s du monde entier et dont le recueil de textes « Exister, écrire, résister » est publié aux Presses universitaires de Strasbourg (PUS) ?

Pascal Maillard : Nous sommes à la conjonction de deux moments historiques : la multiplication des guerres à travers le monde, la montée de l’illibéralisme dans de nombreux pays démocratiques (États-Unis, Hongrie, Italie, Argentine, Turquie…). Cet état sombre du monde plonge partout les écrivains dans des situations complexes en termes de liberté d’expression, de droit à la langue ou de droit à la création. Si bien qu’a naturellement émergé l’idée de créer dans le cadre de « Strasbourg, capitale mondiale du livre », un évènement permettant de rendre compte des combats qu’ils mènent dans leur œuvre et au quotidien.

Victoire Feuillebois : Pascal Maillard et moi sommes chacun porteur de projets de résidence d’écrivains à l’Université de Strasbourg. Pour Pascal, dans le cadre du Prix Louise-Weiss de littérature ; pour moi, dans celui d’Écrire l’Europe. En cette année exceptionnelle autour du livre à Strasbourg, nous avions à cœur de travailler ensemble et d’imaginer un dispositif sortant de l’ordinaire. Compte tenu du contexte mondial, s’est très vite imposée l’idée d’une académie qui réunirait des écrivains originaires du monde entier. Pour les faire se rencontrer, dialoguer et in fine écrire et créer ensemble.

 

Le résultat de leur travail, c’est ce recueil de textes et surtout cet appel écrit et signé par tous les écrivains et publié en préambule ?

P. M. : Organiser cette Académie des écrivain.es sur les droits humains sans la publication d’un livre était évidemment inenvisageable. Ce livre s’est construit à partir de textes rédigés – antérieurement ou spécialement pour l’occasion – par les écrivains qui les ont partagés en amont avec chacun des autres membres afin qu’ils servent de base de travail pour la rédaction de l’appel (lire ci-desous) publié en préambule du recueil, lors des séances plénières organisées à Strasbourg en novembre dernier. L’appel en lui-même est un petit miracle car il n’est pas facile de faire en sorte que neuf écrivains s’accordent sur un seul et même texte !

V.F. : À quelques minutes du début de la cérémonie de présentation à l’Hôtel de ville, le texte de l’appel n’était pas fixé, les discussions se poursuivaient encore. C’est dire la richesse et la vitalité des échanges, reflet de l’implication des écrivains. Même s’ils sont de diverses cultures, de générations différentes, n’ayant pas tous les mêmes attentes et la même définition de l’engagement, ils ont su s’entendre sur un texte commun qui reflète bien ce que peut être une posture d’écrivain aujourd’hui, où qu’il soit et d’où qu’il vienne.

Appel de l'Académie des écrivain.es sur les droits humains

La vingtaine de textes ou entretiens publiés dans le recueil reflète bien cette diversité des parcours et des points de vue.

V. F. : Même si tous les textes sont traduits en français, certains sont publiés en langue originale également. Il y a en tout quatre alphabets différents dans l’ouvrage. En outre, certains textes sont à caractère littéraire, d’autres plus réflexifs. Ce double format a permis aussi à ceux qui le voulaient de s’aventurer sur des terrains qui ne sont pas habituellement les leurs. Je pense notamment à Luba Yakymtchouk qui dans un de ces textes, documente l’occupation russe en Ukraine à partir des graffitis et inscriptions que les soldats russes ont laissés sur les murs des maisons et des bâtiments. Elle n’est pourtant pas historienne, documentariste ou journaliste, mais poétesse.

P. M. :Nous avons délibérément gardé ces deux formes car les écrivains sont à la fois des penseurs et des créateurs. Ils pensent le monde, la société, la politique et ils font vivre ces questions à travers la littérature et la création. Comme Jean D’Amérique qui dans son poème dénonce l’impuissance de l’ONU dans son pays, Haïti. Ou à la poétesse iranienne Roja Chamankar qui revient dans un entretien sur les enjeux politiques de la traduction et la condition du poète en exil. Ou encore à la Française Claude Ber qui rappelle dans son texte qu’il n’y a pas d’identité sans altérité. Ce recueil est une œuvre de littérature et de réflexion polyphonique !

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