« Toute la littérature française du XIXe est empreinte de positivisme »

Codirecteur avec Annie Petit du premier opus de la nouvelle collection "Formes des savoirs", David Labreure met en lumière l'influence majeure du fondateur du positivisme, Auguste Comte, sur la littérature et la vie intellectuelle du XIXe siècle.
David Labreure
David Labreure

Dans la mémoire collective, Auguste Comte est principalement associé à la science, à l’ordre et au progrès. Des notions plutôt éloignées de la littérature ?

David Labreure : Auguste Comte est en effet passé à la postérité pour avoir fondé le positivisme, un système de pensée fondamentalement basé sur la science et l’expérimentation des faits. Mais, en réalité, sa philosophie est bien plus large et ne peut être réduite à cette seule dimension. Au fil de son œuvre, Auguste Comte poursuit l’objectif d’établir un nouvel ordre social et politique « sans dieu, ni roi » lié à une « religion de l’humanité ». Et pour l’avènement de ce nouvel ordre, la littérature peut et doit jouer un rôle clé. Car c’est à travers elle – et notamment la poésie et les grands épopées littéraires – que se constitue un socle culturel commun et que se transmet l’histoire sensible de l’humanité.

Il a d’ailleurs à cette fin constitué une bibliothèque idéale ?

D. L. : Auguste Comte, grand admirateur de Dante le seul auteur qu’il lisait à la fin de sa vie, a effectivement conçu une bibliothèque idéale. Elle était initialement destinée aux prolétaires pour former leur culture de base, puis elle est devenue une « bibliothèque positiviste » à part entière. Divisée en quatre catégories – poésie, sciences, histoire, puis philosophie, morale et religion – on y retrouve entre autres Cervantès, Walter Scott, Molière, Shakespeare. Pour Comte, la littérature participait pleinement à l’éducation populaire, qu’il pratiquait d’ailleurs lui-même en donnant des cours philosophiques d’astronomie.

Avec la place de la littérature dans la pensée de Comte, l’un des autres enjeux du livre est l’influence qu’exerce la pensée de Comte sur la littérature française du XIXe siècle ?

D. L. : Auguste Comte lui-même ne s’est jamais prêté à l’exercice de l’écriture littéraire, mais certains de ses disciples oui. Par exemple, Émile Littré ou la poétesse Louise Ackermann qui a écrit des poèmes positivistes. Mais, on retrouve aussi l’influence de Comte dans les écrits de Zola, de Balzac ou de Flaubert. En réalité, toute la littérature française du XIXe est empreinte de positivisme. Mais à des degrés divers ou de différentes façons, car le positivisme est un concept mouvant et protéiforme qui évolue au fil du temps, au gré des interprétations qu’en font les auteurs, les écoles littéraires et les époques, d’où le pluriel « positivismes » en titre.

Littérature et positivismes

L’ouvrage se conclut sur un entretien entre deux grandes historiennes françaises – Michelle Perrot et Mona Ozouf – à propos de George Sand et de George Eliot. Quel rapport avec Auguste Comte ?

D. L. : Il s’avère que Mona Ozouf est une grande spécialiste de George Eliot, figure féminine de la littérature anglaise du XIXe, et Michelle Perrot de George Sand. Deux George, deux écrivaines qui ont des liens avec Auguste Comte et le positivisme, que ce soit dans leurs textes ou dans leurs vies intimes. Cela permet de montrer également que la pensée de Comte continue d’irriguer celle des intellectuels d’aujourd’hui et que le positivisme – dont on trouve plus récemment des traces chez Erik Orsenna ou Michel Houellebecq – est encore bien vivant.

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